Les services à la personne représentent, paraît-il, une solution d'avenir pour arriver au
plein-emploi. Il faut bien des domestiques, des femmes de ménage à la petite semaine, des jardiniers d'un soir, des précepteurs et des nourrices pour le bourgeois. Il faut bien que la
plante soit arrosée, le chien promené, la grand-mère surveillée. Le travail dominical rend ces ajustements structurels du marché du travail plus nécessaires encore. Hélas
! Il y a lieu de craindre que cela ne suffira pas à rendre la France prospère et industrieuse.
Nos ancêtres avaient établi, pour le bien-être de la nation, un métier rare et merveilleux : la charge honorifique de porte-coton. Il s'agissait d'assister
le roy pour ses oeuvres intimes, en lui nettoyant et lavant la raie après chaque office. Je ne propose pas, évidemment, de rétablir ce privilège admirable pour le roy, contrairement à ce que
suggèrent les entartreurs réunis ; car un seul homme, fût-il Frédéric Lefebvre, devrait suffire
à purifier l'orifice du lieutenant de Dieu sur terre. Il est donc bien entendu que ce service à la personne, qu'on imagine palpitant, devrait profiter au
plus grand nombre.
Le bourgeois, après tout, pourrait employer ses mains à de plus nobles activités. On veut le débarrasser de ses courses, de son ménage, de sa vaisselle, de son linge,
et même de ses enfants grâce aux services à la personne ? Et on oublierait l'auguste entrée des artistes, alors que la sienne mérite sans doute qu'un professionnel y passe le
balai d'une main dextre ? Il faut des porte-coton pour sauver la France de la décadence.
Le moral des ménages, vraiment, n'est pas bon ; alors gageons que si les uns nettoient les fesses des autres, et manient avec habileté la brosse et les
feuilles comme un grand cuisinier ferait de ses pelles à gâteaux, ce sera un petit soulagement pour l'homme, mais un grand bond pour le PIB.