Le député Jean-Philippe Maurer, exerçant pour la seconde circonscription
de Strasbourg quand il ne travaille pas pour le canton en tant que conseiller général, n'est pas peu fier de la missive à l'en-tête de l'Elysée reçue en printemps dernier ; tant et si bien qu'il
l'a tirée à des milliers d'exemplaires pour la distribuer dans les boîtes aux lettres du Neudorf et du Neuhof. Nous avons réussi à nous la procurer, grâce à une pauvre femme à
laquelle l'UMP envoie régulièrement tout un courrier d'adhésion et de glorification du parti depuis qu'elle a eu le malheur d'aller à une de ses réunions publiques ; et il faut bien dire qu'il y
a de quoi pavoiser pour notre député. Le président de tous les bons français-qui-se-lèvent-tôt-et-qui-travaillent-dur lui donne du "cher Jean-Philippe" (voir ci-dessous) et le
félicite pour son "omniprésence" pendant le sommet de l'Otan de si triste mémoire, où tout un quartier a été ravagé par la guérilla urbaine et toute une ville mise en état de siège. Après
les auto-congratulations du maire Roland Ries, qui a eu la riche idée de dédommager les Strasbourgeois en leur offrant des
tickets de tram contre les libertés perdues, c'est donc pour Jean-Philippe Maurer que le jour de gloire est arrivé - dont acte.
Mais l'essentiel n'est pas dans ces flagorneries. Une liste de propositions très patriotiques, intitulée
"Respect des principes républicains", a été épinglée au courrier. Il s'agit de "densifier la présence républicaine sur le territoire national et faciliter sa reconnaissance par
chacun".
On y trouve l'image d'une France nouvelle : par exemple, on rêve, à l'Elysée, que les écoliers portent l'uniforme à l'école, dans des classes portant chacune le
nom d'un héros national (voir ci-dessous). Pour le 14 juillet, ces petits citoyens de la 3e Vercingétorix, de la 6e Jeanne d'Arc, de la 1e STG Charles de Gaulle, du CE1 Bonaparte et
j'en passe iraient sagement pavoiser les villes et bourgades ou encore fleurir les cimetières militaires, ô joie ! Dans certaines classes, la première page des cahiers d'écolier
serait réservée aux paroles de la Marseillaise ; on la connaîtrait par coeur, grâce à "un kit pédagogique" apparemment miraculeux, et vivant au milieu d'un réseau dense de drapeaux
tricolores "obligatoires et permanents sur tous les édifices publics" une joie bien française vivrait à toutes les saisons.
Reste à savoir si les manifestations et les protestations des citoyens peuvent être en raison inverse du respect qu'ils portent à des colifichets, au flatus vocis de
la devise républicaine, à la quincaillerie tricolore, à la fifrelinesque saga de l'histoire nationale.