Le site de la ville de Strasbourg publie en ligne, avec maintes fanfaronnades pour
cette prouesse technique, le nouveau numéro "interactif" (bravo!) de Strasbourg Magazine. Quarante pages de
mauvais papier colorisé, truffées de photographies artificielles et d'articles pompeux à la gloire du magistrat de la ville. Ce n'est pas un magazine, c'est un prospectus. Et ce n'est pas un
prospectus sur Strasbourg, contrairement à ce que le titre suggère ; c'est un prospectus sur Strasbourg pour Roland Ries et toute son équipe.
A quoi ressemble ce Strasbourg-là ? C'est une ville évidemment dynamique, industrieuse, humaniste et prospère. Le viril Roland Ries vous accueille dès la page
trois, en magistrat détendu, confiant, heureux, nonchalamment assis sur une table grise, d'où il est censé s'adresser aux habitants pour les féliciter d'on ne sait
quelle abnégation durant le sommet de l'Otan (Roland Ries feint d'ignorer qu'une grande partie de la population avait tout bonnement fui Strasbourg durant ces quelques jours miraculeux). Ce
discours absurde est vite suivi de messages publicitaires invitant à "se faire plaisir au Flunch", à "visiter des appartements", et enfin
à s'abonner à Strasbourg Magazine. Deux lettres de Strasbourgeois, coincées entre ces encarts publicitaires, indiquent déjà toute l'ambition démocratique du nouveau
maire : chaque mois, sur 200 000 habitants, ce sont en effet deux ou trois Strasbourgeois seulement qui ont droit à la parole !
Le reste est à l'avenant. Passons sur l'édifiante rubrique du Courrier des Lecteurs, qui publie souvent les habitants qui se plaignent auprès de
Strasbourg Magazine d'avoir du mal à se procurer l'excellent Strasbourg Magazine...
La démocratie, c'est le débat. Vous ne trouverez pas un
seul débat réel dans Strasbourg Magazine. Chaque "groupe politique du conseil municipal" (PS, UMP, Verts etc.) a l'aumône de quelques lignes mensuelles pour expliquer
son point de vue ; cela fait toujours des lignes pour le tract, mais jamais de débats pour le citoyen.
Mais le phénomène le plus curieux de tous, le plus inquiétant, le plus absurde, c'est l'absence des minutes du conseil municipal dans cette gazette tirée à grands frais à 170
000 exemplaires (chiffre excessif en proportion du nombre d'habitants). Pourquoi, par exemple, le procès-verbal du dernier conseil municipal ne figure-t-il jamais dans
Strasbourg Magazine, mais seulement dans un pli obscur de Strasbourg.fr ? Les habitants n'auraient donc pas le droit de connaître les délibérations et décisions faites en leur nom
?
Cette presse aux ordres, avec ses articles élogieux, ses photographies flatteuses, son verbiage enjôleur, elle mériterait d'être signalée pour son folkore dans les
brochures touristiques sur Strasbourg.